CRITICONS
Un rapport de dégustation de notre « cher » ODG (comprenez : Organisme De Gestion de Gaillac) m’écrivait récemment à propos de nos « Greilles 20011 » :
« notes oxydatives limite ».
Je dis merci.
Merci à toi, incontinent crétin justement ignoré, merci d’avoir fait sous toi, permettant à l’humble paysan de trouver matière (je pèse mes mots) à entretenir sa verve misanthropique que le plaisir de vivre sainement et la beauté de gestes surannés font encore trop souvent chanceler. (C’est la verve qui chancelle.)
Merci, sinistrissime ruminant, pour l’irréelle perfection de ta bouse, étalée comme un engrais désagrégé sur le pré clairsemé de mes faux espoirs vacillants.
« notes oxydatives limite »
D’abord, je ne m’attarderai pas sur l’indigence orthographique de ce lieu peu commun.
Ce qui (sans génie, je vous l’accorde) me fais bouillir, c’est qu’un cuistre (ou plus ?) ose rabaisser l’artisanat de la « vinification naturelle » au rang d’une pâlotte besognette pour façonneur léthargique de brevages insipides.
Mais qui es-tu, zéro flapi, pour te permettre de penser que tu détiens les clefs de la sacro-sainte typicité ? Qui t’autorise à frustrer le consommateur de la vérité gustative ? Où donc as-tu appris à déguster ? Ne confondrais-tu pas « oxydé » avec « très faiblement sulfité » ??? Elle est immense la prétention, mon cher, de faire goûter à mon prochain un vin sain et sans artifice. Une cuvée, un cépage, une parcelle qui cherche à donner de la joie (à vendre de la joie, faut pas déconner), ça se pense, ça se bichonne, ça se polit. Une œuvre pour le plaisir, ça se tourne comme un fauteuil d’ébéniste, ou comme un compliment, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire avec ce trou béant dans ta boîte crânienne… Feu Marcel Lapierre a transpiré à en mourir pour dérider les papilles beaujolaises. Thiery Allemand a sué. Philippe Gourdon s’est défoncé. Eric Nicolas, François Chidaine et Philippe Pacalet sont épuisés pour avoir eu la prétention de faire des vins qui n’avait pas goût de soufre. Mais il faut plus d’ambition, de travail et d’abnégation pour accoucher des « Greilles » que pour avorter de fœtus chimiques proches de déliquescence placentaires gasconnes où l’oenophile esthète rejoint le handicapé mental dans un même élan d’idolâtrie pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la merde.
Pauvre petit censeur de plaisir, tu sais ce qui te dit Don Quichotte ?
Patrice LESCARRET
(avec la complicité de Pierre DESPROGES)
01 juillet 2012